Interview de Walid HAMIDI : étudiant en Master MIASHS Technologie et Handicap


 
 
Walid HAMIDI est un étudiant en MASTER MIASHS* TECHNOLOGIE ET HANDICAP à l’Université Paris 8 en stage au Centre de Ressources et d’Expertise Nouvelles Technologies et Communication, structure membre de l’Association des Paralysés de France. Nous avons souhaité recueillir ses impressions, en entrée de parcours professionnel, sur le cursus spécialisé qu’il suit, mais surtout sur le monde du handicap …

 
 
 
Mr HAMIDI, pouvez-vous nous retracer votre parcours en quelques mots ?

J’ai fait un BAC « Sciences et Techniques de l’Ingénierie du Développement Durable ». Ensuite je suis parti sur un BTS domotique, toujours en rapport avec les Nouvelles Technologies. Et je me suis rendu compte qu’on pouvait faire de la domotique adaptée à la Santé. Je me suis donc orienté vers une Licence Technologies Nouvelles et Autonomie de la Personne. Pendant cette formation, j’ai rencontré Thierry DANIGO, ergothérapeute expérimenté, qui m’a permis de mieux approfondir mes connaissances dans le domaine. Dans ce cursus, en plus des modules techniques, nous avons aussi eu des modules de négociation, de marketing, et quelques modules de programmation. Je me suis enfin tourné vers le Master Technologies et Handicaps qui m’a tout de suite intéressé et qui est orienté sur les Nouvelles Technologies, en intégrant des modules de programmation, d’informatique, et des sciences du Handicap. Le programme nous permet de rencontrer des spécialistes pour nous permettre de mieux percevoir les différents types handicaps. Certains experts viennent nous présenter leurs recherches et les innovations technologiques.  Nous avons assisté aux interventions de la SNCF, de la RATP, d’une chargée d’accessibilité du Musée du Louvres, et bien d’autres profils encore tout aussi intéressants. La partie programmation technique et web accessible est tout aussi importante. D’autres thèmes sont développés dans les modules « Sciences du Handicap » qui intègrent les aspects du domaine médical au sens large. Par exemple, des modules de neurologie nous permettent de mieux appréhender le fonctionnement du cerveau et les origines de certains Handicaps. De même, les modules ergonomie nous montrent comment définir les besoins de la personne et ainsi mettre en place les solutions les plus adaptées.

Quels sont les débouchés métier qu’apporte cette formation et lesquels envisagez-vous ?

Les débouchés sont essentiellement centrés sur la gestion de projet, sur les domaines de l’accessibilité Web ou de l’accessibilité bâtiment. Cette formation a l’avantage aussi d’envisager la partie commerciale produits, dans la partie vente ou dans la partie recherche et veille. Mon stage actuel au CRNT est centré sur le projet INDI « Investir le Numérique pour Développer l’e-Inclusion ». Je pense que c’est typiquement un projet porteur et prometteur pour des perspectives d’avenir. Ce projet concerne pour le moment uniquement la région Hauts – de – France, mais s’il poursuit son évolution, il risque fort d’être déployé sur l’ensemble du territoire, et pourrait changer les habitudes de chacun pour ce qui concerne la relation aux Handicaps. 

Ainsi, ce stage me permet de m’immerger dans les nouvelles technologies liées à l’ergothérapie appliquée au monde du handicap. Le CRNT est géré par un Institut d’Education Motrice. De ce fait, sur place, on voit beaucoup de jeunes en difficultés motrices ou qui ont différents Handicaps, ce qui permet de réfléchir directement aux adaptations à envisager. De la même manière, ce stage me permet d’entrer plus particulièrement dans le monde professionnel et de rencontrer à la fois fabricants et distributeurs, ce que j’ai pu faire à l’occasion du salon AUTONOMIC, véritable vitrine du monde du handicap. J’en profiter pour remercier Thierry DANIGO pour son soutien au fil de mon parcours et Sébastien VERMENDEL, chef de projet au sein du CRNT.

Justement le salon AUTONOMIC, semble vous avoir apporté des éléments de réflexion en termes de gestion de l’accessibilité des personnes handicapées… 

En effet, sur le salon AUTONOMIC, j’ai eu l’opportunité de converser avec plusieurs fournisseurs sur la question de l’accessibilité des personnes handicapées qui est encore aujourd’hui un problème de fond. Pourtant l’arrêté du 20 avril 2017 relatif à l’accessibilité aux personnes handicapées des établissements recevant du public est précis. Ainsi à ce jour, toutes les structures sont censées être parfaitement organisées pour pouvoir accueillir sans difficultés les personnes en situation de Handicap…nous savons bien qu’hélas c’est très loin d’être le cas…souvent des solutions placebo sont mises en place au lieu de vraiment chercher à résoudre les situations qui pourraient poser un problème.

Outre les circuits, plusieurs questions se posent dont par exemple : 

  • Qu’en est-il en cas de panne d’ascenseur pour l’accessibilité d’une personne handicapée ?
  • Quelles sont les solutions pour l’évacuation des personnes handicapées en cas d’incendie ?
  • Quelles sont les responsabilités légales dans le cadre de l’évacuation et du transport des personnes handicapées en cas d’incendie ?
  • Comment améliorer la signalétique d’information et de circulation ?

…bref autant de questions qui nous ramènent souvent à un état de fait : nous n’avons toujours pas la réponse. Il est ainsi évident qu’un chantier très large s’ouvre à nous en matière de gestion des flux, mais aussi en termes de recherche et d’innovation pour apporter des solutions concrètes et souvent très peu coûteuses. Mais à mon sens il faut savoir allier évolution technologique et l’humain qui reste le cœur du problème…pour que la personne en situation de Handicap d’une certaine manière puisse « oublier » son Handicap ?

Quelles sont les autres problématiques que vous avez identifiées ?

La communication sur les progrès technologiques reste une question de fond. Par exemple, lors de présentation de produits avec certains fabricants d’AUTONOMIC, nous avons pu découvrir un nouveau stylo-scanner qui permet aux étudiants dyslexiques ou dyspraxiques de scanner les cours, d’utiliser un dictionnaire intégré, un enregistreur et qui comporte d’autres fonctions toutes aussi intéressantes qu’utiles et ainsi de mieux suivre leurs formations. Qui est informé de cette réelle avancée technologique ? Concrètement les canaux d’informations sur ces avancées sont très discrets…alors que les solutions apportent une vraie plus-value pour la personne. Le CRNT mais aussi l’association Hacavie disposent de bases documentaires très renseignées qui permettent justement cet accès à l’information et très prochainement des vidéos tutoriels seront mises en ligne sur l’accès aux outils techniques numériques.

MIASHS : mathématiques et informatique appliquées aux sciences humaines et sociales