Magui
Conçues pour des personnes âgées résidant en maisons de retraite, les fonctions simplifiées de cet ordinateur communiquant devraient intéresser les établissements pour personnes handicapées. Laurent Lejard, Yanous

L’ordinateur Magui, développé par la société gardoise Simplistay, était l’attraction du dernier concours Lépine organisé lors de chaque Foire de Paris, remportant le prix du Président de la République. Il s’agit d’un poste informatique spécialisé dans une communication facilitée entre les résidents d’un établissement pour personnes âgées et leurs familles. “On travaille à son élaboration depuis 2005, explique Fabrice Guiraud, fondateur et gérant de Simplistay. On avait constaté un besoin d’animation et de communication entre famille et personnes âgées. On voulait également réduire la fracture numérique entre des personnes âgées enclines à utiliser le courrier papier et le téléphone alors que leurs enfants communiquent par l’électronique”.
Mais pour que cela fonctionne, les concepteurs de Magui ont estimé nécessaire de réaliser une solution simple. Elle repose sur un tout-en-un : un poste informatique à écran tactile très sensible, intégrant unité centrale et connectique, sans clavier, avec webcam et synthèse vocale. L’interface est réduite à l’envoi et la consultation de messages, au visionnage de photos, à la connexion téléphonique directe avec des correspondants enregistrés, à la diffusion d’informations par l’établissement, tels les menus des repas du jour ou le programme des animations.
Les fonctions sont commandées au doigt en appuyant sur de grosses touches de couleurs différentes et à grands caractères contrastés, une très légère pression suffisant à activer le menu. Tout ce qui est sélectionné à l’écran est lu automatiquement à vitesse lente par la synthèse vocale, le volume étant réglable par deux boutons sur l’appareil pour assurer l’éventuelle discrétion des échanges. Tout en améliorant la communication interne : “La diffusion sur écran et vocale d’informations jusque là imprimées améliore la vie des personnes devenues malvoyantes”.

Chaque utilisateur dispose d’un espace personnel dont la gestion technique, bien que réduite, est assurée par un animateur de l’établissement qui met en ligne textes et photographies. Chaque espace personnel est protégé par un mot de passe; les résidents y rangent messages vidéos et images, l’animateur pouvant les aider, notamment en cas d’oubli du code.
La personne appelle automatiquement un parent dont les coordonnées sont enregistrées; pour cela, le correspondant télécharge un logiciel gratuit et créé son compte dans l’espace personnel du résident avec lequel il communiquera par visioconférence via webcam ou téléphonie Internet. Pour la personne âgée, toute la technique de connexion, d’enregistrement des messages et des images est transparente.
“Les résidents accèdent à la communication électronique de tous les jours, les méls, la vidéoconférence, sans qu’il y ait de situation de stress et de besoin d’apprendre. On a élaboré un matériel qui est davantage une télé interactive qu’un micro-ordinateur”. Date et heure s’affichent en permanence, pour maintenir un lien temporel. Le poste comporte également une dizaine de jeux de lettres, de géographie, un Sudoku, etc., une offre évolutive.
La solution a été développée sous Linux, pour rester maître du développement et ne pas être dépendant des mises à jour imposées par le système Windows. “Pour parvenir à la simplicité côté utilisateur, le développement est très complexe.
Aujourd’hui, dans l’informatique, on demande à l’utilisateur de faire des choix, de gérer des messages d’erreur. On a enlevé tout ça, mais si ce n’est pas l’utilisateur qui fait le choix, c’est forcément le système, et c’est compliqué à réaliser”.
Parmi les développements, un navigateur Internet est à l’étude; il devra gérer les sollicitations non désirées (spam, publicités, etc) sans instituer de censure : “On n’est pas maître de l’Internet. Il faudra que le navigateur gère les modules qui s’affichent mal, les bouts de code qui trainent, les pages mal lues”.
Les concepteurs de Magui ont envisagé d’adapter le produit aux établissements recevant des personnes handicapées, mais ils privilégient toutefois le marché des maisons de retraite, d’autant plus que les retombées médiatiques du Concours Lépine les occupent fortement.
Le pack Magui est vendu aux établissements, sans coût pour les utilisateurs, les communications utilisant le réseau Internet. Conçu pour un usage collectif, il cherche à établir une convivialité et un rapprochement humain entre les résidents, en montrant les images reçues, alors que si les ordinateurs étaient dans les chambres, ils pourraient, selon ses concepteurs, générer un risque d’enfermement technologique. “On a été surpris par le nombre élevé de comptes créés par les résidents de nos six premiers établissements clients, on ne s’attendait pas à une appropriation si rapide !”
Laurent Lejard, juin 2008.










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